Thu. May 19th, 2022

Le nombre de corps non reclames a presque double au Quebec i  l’occasion d’une derniere decennie.

Nous avons voulu savoir pourquoi.

Un nombre alarmant de Quebecois meurent dans la solitude la plus complete. Personne Afin de noter qu’ils ne sont environ votre monde ; personne pour s’occuper de leurs funerailles et leur rendre 1 dernier hommage. Ils finissent dans des fosses communes, dans l’indifference limite totale. Comment en est-on arrives la ? Pour comprendre, notre journaliste a remonte l’histoire de quelques-uns de ces defunts oublies.

Richard le solitaire

L’odeur m’assaille des que je m’engage au couloir menant a l’appartement, au troisieme etage d’un immeuble de logements sociaux pour individus agees, pres du pont Jacques-Cartier, a Montreal. Un melange de viande avariee, de camion a ordures et d’egouts. Un relent acre et collant, qui semble s’incruster dans ma peau, s’accrocher dans ma gorge, et qui me laissera les narines a vif, hypersensibles a toute odeur animale.

C’est une telle puanteur qui a inquiete les voisins et les a pousses a alerter nos secours. Notre 24 avril, si les policiers seront entres dans le logement, Richard J.* etait fond depuis deja 2 semaines.

J’ai depouille de l’homme de 62 annees vient d’etre emportee quand j’arrive sur les lieux, en compagnie des nettoyeurs charges d’effacer les traces du drame. Acheve via une maladie coronarienne, il souffrait de plusieurs maux chroniques, apprendrai-je en lisant le rapport du coroner qui enquetera sur les circonstances du deces. A voir les eclaboussures rougeatres qui souillent le plancher du petit trois-pieces, sa fond n’a pas ete paisible. Richard J. a lutte.

Il a du vomir du sang en jets explosifs, d’abord pres de son lit, puis dans la salle de bains et, enfin, au salon. C’est la, par terre, affaisse sur son flanc, qu’il a rendu son dernier souffle. A votre endroit, le sang s’est fige en une couche epaisse, visqueuse et texturee, d’un rouge sombre. Une mouche paresseuse s’attarde alentour. Au milieu en tache, je decouvre une touffe de cheveux noirs, epais et drus comme ceux d’une vieille poupee, qui seront restes colles concernant le sol si le corps fut emmene.

Tout pres, concernant le sol, git le telephone, le fil a demi englue dans la flaque coagulee. Peut-etre Richard J. a-t-il tente d’appeler a l’aide dans ses derniers moments ? « Cela etait ben malade, me raconte sa voisine, Paulette Lalonde. Je lui avais devoile : “Si jamais vous vous sentez mal, vous avez franchement a cogner dans le mur de ce chambre, je vais appeler quelqu’un.” » Neanmoins, cette dernii?re n’a rien entendu. « J’ai ete des semaines a y affirmer, ajoute-t-elle, ebranlee. S’il va falloir qu’il ait pati une couple de jours sans elle avant de mourir… »

En plus outre Quebecois s’eteignent dans la solitude, symptome d’une societe ou l’on vit forcement plus tous de le cote. Quand aucun membre d’la famille ne se manifeste pour prendre en charge la depouille, celle-ci est declaree « non reclamee », une etiquette administrative qui parai®t convenir davantage a toutes les choses qu’aux etres. Dans certains cas, on ne trouve personne dans l’entourage du defunt ; dans d’autres, des proches survivent mais refusent d’assumer la responsabilite des funerailles.

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Le nombre de corps non reclames a limite double au Quebec au cours en derniere decennie, etant passe de 213 en 2008 a 399 en 2016, par rapport aux donnees fournies par le ministere en Sante et des Services sociaux (MSSS) et par le Bureau du coroner, des deux entites qui gerent ces cadavres. Dans l’intervalle, le nombre total de deces n’a progresse que de 11 %.

Le Quebec detient d’ailleurs le record canadien a votre chapitre, enregistrant environ morts non reclames que toute nouvelle province, y compris l’Ontario. Si on calcule leur moyenne annuelle depuis 2008, le nombre de cas au Quebec depasse de 29 % celui de sa voisine ontarienne.

Or, l’Etat quebecois se soucie peu du dernier repos des esseules. Ici, contrairement a d’autres instances au Canada et aux Etats-Unis, l’Etat est trop chiche pour offrir une sepulture digne a toutes les gens qui meurent sans rien ni personne. Ils finissent presque l’ensemble de inhumes sans ceremonie dans une fosse commune, sans une parole ou une priere Afin de les saluer, sans la moindre plaque qui les identifie. Oublies de leur vivant, anonymes dans la mort.

Tout pres, dans le sol, git le portable, son fil a demi englue dans la flaque coagulee. Peut-etre Richard J. a-t-il tente d’appeler a l’aide dans ses derniers moments ?

Mes deux employes de l’entreprise Dryco s’attellent a nettoyer et cela reste de l’agonie de Richard J. Couverts d’un survetement de plastique blanc a capuchon, de gants de caoutchouc et d’un masque respiratoire, Nathalie Drouin et Frederic Tremblay (qui forment aussi un couple) ont l’air de techniciens de laboratoire affrontant votre dangereux virus. Suant a grosses gouttes dans cet attirail, Frederic demonte au marteau et au pied-de-biche nos lattes rougies de sang du parquet, puis Nathalie, a quatre pattes, armee de desinfectant, de torchons et d’une simple brosse, frotte le sous-plancher ou des fluides corporels se sont infiltres. Un purificateur d’air et un diffuseur d’huiles essentielles resteront en roule toute la nuit pour eliminer et cela subsiste d’odeurs et de contaminants.

Maladroite et suffoquant dans l’equipement protecteur que j’ai revetu moi aussi, je circule dans l’appartement sans trop savoir ou mettre les pieds. Richard J. y avait mis du sien Afin de amenager un logis rejouissant, propre, impeccablement range. Plusieurs bibelots a l’effigie de Jesus ainsi que Marie sont disposes quelque peu partout. Dans le salon, des poissons rouges vivotent i  nouveau en trois aquariums qui emplissent nos lieux d’un glouglou insistant. Des figurines d’animaux en laiton forment 1 elegant troupeau via le manteau de la cheminee. Dans la chambre, votre chiot en peluche monte la vais garder sur le lit une place.

Qui sait de quoi le quotidien est fait. Il vivait de l’aide sociale, souffrait de diabete, d’hypertension et d’alcoolisme, se nourrissait probablement peu ou en gali?re. Plusieurs boites de soupe a toutes les pois ainsi que jus de tomate s’entassent dans le garde-manger ; le frigo, presque vide, ne contient que deux grosses bouteilles de biere, un sac d’oignons, du beurre d’arachides et deux condiments. Sa voisine Paulette Lalonde le voyait souvent bouger se balader dans son triporteur. « lorsqu’il faisait excellent, il partait de bonne heure et il revenait juste le jour. »

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By tushar